• Du Mou Dans La Gâchette

    Salut les vendinautes tout va bien pour vous j’espère moi ça va ça va très bien même quoi vous trouvez que c’est illisible oh eh si vous aviez vu le film que je viens de voir vous aussi vous auriez l’impression de vivre à toute allure c’est bien simple actuellement tout autour de moi tourne au ralenti.

    Pourtant le titre était parfaitement annonciateur, hein !

    (sous-titré Deux Tueurs, parce qu’un titre ne suffisait pas)

     

    À première vue, on dirait une adaptation d’une enquête de San-Antonio. Enfin, “du mou dans la gâchette”, c’est quand même un titre que Frédéric Dard aurait très bien pu inventer pour les aventures de son commissaire fétiche !

    Cependant, là où San-Antonio est comique, nerveux et rythmé… Du Mou Dans La Gâchette est abominablement lent et mauvais. Si abominablement lent et mauvais que la ridicule 1h25 de durée m’a donné l’impression de voir la version longue des trois films Le Parrain d’affilée.

    J’exagère peut-être un peu (en fait pas vraiment), et contrairement à ce que vous pouvez croire en lisant ces lignes, tout n’est pas à jeter dans ce long-métrage… Mais commençons by the beginning, please.

     

    Qu’est-ce que c’est ? 

    Du Mou Dans La Gâchette est une comédie de truands sortie durant l’été 1967 réalisée par Louis Grospierre, sur un scénario de Louis Grospierre et de René Havard, d’après une idée de Louis Grospierre, avec des dialogues écrits par René Havard, le tout sur une musique arrangée et dirigée par Claude Bolling (notamment connu pour la bande-son de Borsalino et sa suite) et par Vladimir Cosma (notamment connu lui aussi pour la bande-son de bien meilleurs films que celui-ci…).

    Vous l’aurez compris : c’est essentiellement le film de deux personnes, qui sont Louis Grospierre et René Havard. Vous avez peut-être entendu parler de ce dernier. Il n’est autre que le scénariste de Un taxi pour Tobrouk (adaptation de son propre roman !) qui a notamment reçu le Grand Prix du cinéma français en 1961. Six ans plus tard, il nous livrait Du Mou Dans La Gâchette.

    Ok, je l’admets, je suis relativement injuste avec ce film. C’est une comédie sans prétention dans la veine de nombreux récits français sur des truands minables qui s’en sortent toujours miraculeusement, il n’est donc pas nécessaire de mitrailler outre mesure cette pauvre ambulance déjà enflammée.

     

    De quoi ça parle ?

    Nicolas Pappas et Léon Dubois sont deux tueurs désastreux engagés par le caïd Jo Laguerre pour exécuter un hold-up qui, bien entendu, se déroule mal. La raison : des policiers leur subtilisent le butin juste sous leur nez.

    Furieux, Laguerre découvre que ces hommes travaillaient pour Magnum, un chef de bande rival. Il envoie donc Pappas et Dubois éliminer son bras droit pour se venger. Après une longue tentative de meurtre, qui se solde par un échec, le bras droit se fait écraser par un taxi. Laguerre croit que c’est l’œuvre de ses deux nouveaux éléments, et leur fait désormais suffisamment confiance pour leur donner la tâche de découvrir l’endroit où se terre Magnum. Tâche qu’ils parviennent à accomplir contre toute attente.

    De toute façon, ils nous rateraient même à bout portant…

     

    Trahis par leur armurier, Pappas et Dubois commencent à être la cible d’attentats alors que Laguerre entre en… guerre… avec Magnum. Les deux tueurs décident de se mettre au vert pour un moment et vont se réfugier au restaurant de La Prudence, un assassin à la retraite qui apprend à des petits voyous à devenir des meurtriers invétérés.

    Cependant, Laguerre les retrouve et leur ordonne cette fois-ci de tuer Magnum. Pappas et Dubois rejoignent le repaire du parrain, montent sur un toit pour le liquider… et s’aperçoivent au dernier moment qu’ils ont oublié leurs armes. Fort heureusement pour eux, Magnum est complètement ivre et se jette tout seul dans le vide. 

    Évidemment, Laguerre croit qu’ils ont réussi leur coup et les paie grassement. Des sbires de Magnum sont néanmoins désormais à leurs trousses, et il s’avère que le caïd a survécu à sa chute. Pappas et Dubois décident qu’il est temps pour eux de disparaître, et se réfugient dans un couvent où ils se font passer pour des clercs.

    Finalement, après avoir torturé La Prudence chacun à son tour, Laguerre et Magnum retrouvent la trace des assassins pour une confrontation finale au couvent. Suite à une diversion, Pappas et Dubois parviennent à prendre la fuite, laissant les deux gangs s’entretuer, et décident alors de renoncer définitivement à leur vie de crime.

    Et voilà.

    Ça se finit comme ça.

    Même résumé, c’est long, hein ?

     

    Et qui joue ?

    Du Mou Dans La Gâchette part de prime abord avec un casting plutôt intéressant. Nicolas Pappas et Léon Dubois sont incarnés respectivement par Bernard Blier et Jean Lefebvre, connus pour avoir composé les frères Raoul et Paul Volfoni dans Les Tontons Flingueurs. Ce duo de seconds couteaux du cinéma comique français a toujours été fonctionnel, et ici, il ne déroge pas à la règle ! Leur complicité est indéniable, ils ont l’habitude de jouer ensemble et ça se voit.

    Pour leur donner un peu plus d’épaisseur, et parce que ce sont toujours les mêmes acteurs qui sont au final sélectionnés pour les comédies de gangsters, on retrouve Francis Blanche dans la peau de La Prudence. L’ex-Maître Folace s’amuse avec son rôle d’ex-tueur enseignant exemplaire.

    Jo Laguerre est joué par un acteur italien nommé Gastone Moschin, adepte des films de mafia, et que les fans plus hardcore ont pu reconnaître dans le rôle de Don Fanucci, le caïd de la Main Noire qui sème la terreur à Little Italy dans Le Parrain II. Bien sûr, sa carrure physique et ses traits de visage lui donnent tout de suite l’air d’un vrai chef de bande. Pour ma part, je m’étais presque attendu à voir Venantino Venantini à sa place… Eh, quitte à reprendre le casting des Tontons Flingueurs, pourquoi se priver ?

    Et pour finir, notre antagoniste principal (et je parle de Magnum, pas du manque de comédie…) se nomme Lawrence !


    Si seulement.

     

    Non, Marc Lawrence. Marc Lawrence, enfin ! Vous savez, le mec qui se fait descendre dans la scène pré-générique de L’Homme au Pistolet d’Or ! En effet, notre bon Pas-Jennifer est un adepte des rôles de malfrats qui a malheureusement souffert du maccarthysme et qui a dû s’exiler en Europe pour continuer son boulot d’acteur. Finir dans Du Mou Dans La Gâchette, tu parles d’une vie…

     

    Et donc, l’analyse, c’est que… ?

    Eh bien chers vendinautes, l’analyse, c’est que ce film fait l’erreur de concentrer son action exclusivement sur les Deux Tueurs (hé hé, vous avez vu ? C’est par rapport au sous-titre…).

    Bernard Blier et Jean Lefebvre sont impeccables dans leurs rôles habituels, même s’ils y sont aussi tristement soumis. Ils rappellent trop les frères Volfoni. Blier joue le “meneur”, grande gueule, plus agressif, couard et moyennement réglo, tandis que Lefebvre s’attache à son rôle-fétiche du “dominé” bonne poire, gentil, aimable et doux. Ce film pourrait même s’intituler “Les Tontons Flingueurs : que sont-ils devenus ?” !

    Pour continuer le parallèle tontonflingueuresque (c’est totalement injuste, je sais), c’est un peu comme si l’intrigue tournait autour de la vie de Pascal et Bastien, dont le seul trait de personnalité est qu’ils tuent des gens pour gagner leur vie. À ceci près qu’ici, ils ne refroidissent personne.

    Parce que nous non peut-être ?

     

    C’est d’ailleurs là que repose la moitié de la comédie : nos deux héros sont d’une incompétence sans précédent. Ils font de leur mieux pour mener leurs missions à bien, on les voit essayer pendant 5 à 10mn à chaque fois, et au final ils n’y parviennent que de façon inattendue (et indépendante de leur bonne volonté). Et en hors-champ, en plus. Cela rend donc ces scènes ENTIÈREMENT INUTILES.

    L’autre moitié de la comédie repose sur le fait que non seulement Blier et Lefebvre sont les pires tueurs à gage du pays, mais qu’en plus… ils sont honnêtes. Ils remercient et s’excusent auprès des victimes qu’ils braquent, ils soignent un sbire de Magnum qui vient de se faire torturer (et obtiennent ainsi ses aveux…) et enfin essaient de dissuader les jeunes voyous de La Prudence de devenir des tueurs. Cela aurait pu fonctionner avec des dialogues percutants et rythmés, mais n’est pas Audiard qui veut, bien que cela n’empêche cependant pas une ou deux répliques de faire mouche, tel l’excellent “Faut tout de même pas se laisser abattre” après que nos héros ont essuyé un autre attentat.

    Le long-métrage se déroule donc de la façon suivante : une scène maladroite entre Blier et Lefebvre, une scène pseudo-comique avec Gastone Moschin, une très longue scène de tentative d’assassinat qui se solde par un échec, Blier et Lefebvre partent se mettre au vert, suivie d’une scène maladroite entre Blier et Lefebvre, une scène pseudo-comique av…

    Ça n’en finit pas ! C’est mal agencé, mal géré, mal équilibré. Je pense que ce n’est pas totalement la faute du réalisateur, cela dit. Louis Grospierre est avant tout un spécialiste des court-métrages et des épisodes de séries télévisées. Du Mou Dans La Gâchette n’était en réalité que son deuxième format long (le premier avait été produit 6-7 ans plus tôt). Ça excuse un peu la chose.

    Toutefois… l’ami Grospierre n’a pas l’air non plus de bien s’y connaître en comédie de malfrats. Les réactions des deux héros face à la guerre imminente est très réaliste, de même que la “guerre” elle-même, et de nombreuses actions se déroulent sur une musique typique d’un Parrain (de seconde zone, soit, mais quand même)… et soudain BOUM on nous balance un chœur bien français qui chantonne narquoisement des ritournelles stupides ! Des exemples ?

    « Ah que la guerre est jolie mais il vaut mieux mourir dans son lit » … Pardon ?

    « Pic et pic et colégrame bour et bour et ratatam » … Est-ce que j'ai changé de chaîne ?

    Et ma préférée : « il y en a qui feraient mieux de sagement rester chez eux, on ne fait pas ce métier-là quand on n’a pas la baraka »

    Je suppose que ces interventions très irritantes avaient une fonction de “chapitrage” – chapirritage, plutôt – mais ça ne fait que casser le rythme d’escargot qu’on nous impose durant 85 minutes.

     Emmenez-moi !

     

    Au final, on attend de nous d’apprécier un film maladroit sur deux tueurs qui ne savent ni ne veulent pas tuer. EST-CE QUE CE TRUC A ÉTÉ COMMANDÉ PAR LE GOUVERNEMENT ?! Est-ce que c’était une sorte d’annonce publique pour dire à l’audience que le crime… c’est pas bien ?

    D’accord, je sais, la violence à l’écran n’était pas exceptionnellement présente non plus dans ces comédies françaises des années 60, et même dans Les Tontons Flingueurs, les morts se produisaient en-dehors de la caméra, mais enfin là il y a peut-être exagération. Un mois plus tard sortait On Ne Vit que Deux Fois, avec sa bonne part de meurtres gratuits. On est par conséquent en droit de penser qu’un métrage concentré sur un duo d’assassins n’était déjà plus vraiment adapté à son public.

    Certes, je ne demande pas non plus à ce que Michael Bay en fasse un remake mais… une minute… Ok, en fait si, je demande à voir.

     

    Verdict

       

    Bof

    Et vous, que pensez-vous de ce film ? L'avez trouvé excellent / bon / bof / horrible ? Faites-moi savoir dans les commentaires ci-dessous !


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